• Ingrid- une femme livre

Les dauphins.

1er décembre. Bruxelles nous enveloppe de sa grisaille hivernale. Mes orteils n’ont plus vu de sandales depuis des mois. J’ai fait ma valise à toute vitesse, entre minuit et deux heures du matin, en suivant à la lettre les consignes de Danielle : « vous n’avez pas besoin chaussures, un paréo suffit, prenez tous vos maillots ». Difficile d’imaginer que quelque part sur cette planète, il fait bleu et on se promène sans chaussettes.

Je me glisse dans mon lit en essayant d’oublier ma « to do list » et toutes ces choses à faire qui vont rester sur un papier en attendant mon retour. Je me colle à mon amoureux endormi pour récupérer un peu de sa chaleur. Je me tourne, me retourne. J’invoque le dieu du sommeil. Je compte des milliards de moutons. Rien n’y fait. Mon regard reste collé au sombre du plafond, et plus le temps passe, plus la peur de ne pas me réveiller remplace l’envie de dormir. A 4 heures du matin, je décide de retourner m’attaquer aux tâches en suspens… finalement, c’est peut-être ça la raison de ce manque de sommeil. A moins que ce soit l’excitation de partir une semaine en Egypte.

Six heures du mat, mon cerveau semble encore fonctionner. Je peux officiellement déclarer la nuit finie. Je prends une douche, boucle ma valise. Le bruit réveille les enfants. Je les prends dans les bras. Mon petit préfère se blottir dans les bras de sa grand-mère plutôt que de m’accompagner à l’aéroport. Ma fille me fait douze bisous et se rue à la fenêtre pour agiter son mouchoir. La semaine a été tellement intense que j’ai à peine eu l’occasion de partager avec eux ce qui m’attend cette semaine. A vrai dire, je ne le sais pas moi-même ! Je vais nager avec des dauphins. Comment ne pas se réjouir en pensant au contraste entre le vent hivernal qui balaye les arbres nus et la perspective d’une brise chaude qui balaye mes épaules bronzées. On file vers l’aéroport. J’ai oublié mon téléphone. On fait demi-tour. On refile vers l’aéroport. Juste le temps d’un bisou langoureux au drop off, et puis Fred se fait chasser par la police qui le prie de déguerpir.

Le hall de Zaventem grouille de monde qui se grouille de s’échapper au soleil. Bye bye l’hiver. Et je découvre tous mes comparses de voyage. C’est la première fois que je suis trois heures à l’avance pour un vol. Danielle arrive en dérapage contrôlé, on se déleste de nos bagages à l’enregistrement et nous voici parti pour 5 heures d’avion et deux heures de bus. Le bus nous enfonce dans la nuit Egyptienne jusqu’au bateau de Pati, le NOORAYA, amarré au port de Hamata, où un repas nous attend. J’ai l’impression que mon stress se détricote au fur et à mesure que le voyage progresse. J’enlève mes couches une à une en commençant par nos chaussures, que nous sommes priés de ranger et d’oublier pour une semaine. Quel bonheur de sentir le sol sous mes pieds nus. Et hop, on plonge dans nos lits, bercés par le roulis de la mer et les bruits du port. Moi qui pensais sombrer dans un sommeil réparateur… c’était sans compter l’énergie et l’enthousiasme de ma voisine de cabine ! On se découvre des liens, des amis, des passions communes… et à 8h du soir, ma deuxième journée commence. J’ai l’impression d’être une petite fille qui a invité son amie à dormir et qui lutte contre le sommeil pour partager encore une histoire, et encore une, et encore une… Et puis je sombre enfin. Dans un demi-sommeil, j’entends le bruit des moteurs qui se mettent en route, et je continue ma nuit dans ce hamac géant tandis que le bateau quitte la terre et la civilisation pour tracer sa route vers la baie de Sataya.

Quand j’ouvre les yeux, le bruit des moteurs a cessé. Un calme olympien enveloppe le bateau. Je sens que l’énergie a changé. Et je bondis de mon lit, comme une enfant qui sait que Saint-Nicolas est passé. Le cadeau, c’est le hublot qui m’offre un petit rond de bleu turquoise. Je savoure cette bouchée de beauté avant de monter sur le pont pour embrasser l’immensité du monde et admirer les nuances de bleu entre le ciel et la mer. La cloche sonne l’heure du petit déjeuner. Mon corps s’habitue peu à peu à se laisser à nouveau embrasser par le soleil, caresser par la chaleur. Bientôt, il découvrira la claque de l’eau fraîche (mais pas trop !).

On embarque dans des zodiaques, équipés de nos palmes, masques et tubas. Direction le monde marin. Nos guides ont repéré un pod de dauphins. Les cétacés bondissent à côté du bateau. La magie opère déjà. Et puis hop, on peut y aller. Délicatement. Autant que possible. On se laisse glisser dans l’eau tiède et salée. Un par un. Pour se fondre dans ce groupe de dauphins paisibles. Je m’attendais à ce qu’ils m’envoient mille messages mais pour le coup, ils ne disent pas grand-chose. On se regarde un peu bizarrement eux et moi. Comme si il fallait s’apprivoiser. Je nage au dessus d’eux. Ils nagent à côté de moi, mais pas trop près. Deux. Mon regard s’arrête sur des dauphins par deux. Harmonie. Harmonie du duo. Harmonie du groupe. Et je sors de l’eau avec mon message sans vraiment m’en rendre compte. Ils sont nombreux. Ils sont magnifiques. Ils jouent. Parfois ils voguent paisiblement entre deux eaux.

Nous rentrons sur le bateau, affamés. On déguste une délicieuse salade de fruit tout en séchant au soleil. On apprend à se connaître. Que de belles personnes. Que de beaux humains. Coincés sur un bateau. Obligés de lire, de rire, d’écrire et de se reposer - ensemble. Avec au choix : le pont supérieur pour voir le monde d’en haut et s’isoler plus près du ciel. Le pont du premier étage pour se sentir entouré, papoter, rigoler. Ou encore le carré au bord de l’eau pour déguster un thé et écouter ronronner le bruit du moteur.

On nage deux à trois fois par jour. De temps en temps, on vise plutôt les récifs et les coraux, histoire de ne pas bouder Némo. C’est un festival de couleur et de paix.

Et puis on repart vers les dauphins. Au fur et à mesure des jours, on a l’impression qu’ils s’habituent à nous. Ils semblent nous reconnaître. Ils nous invitent à jouer avec eux. Ils restent près de nous. Parfois, j’en regarde deux à ma droite et quand je me retourne, j’en ai 12 à ma gauche et deux qui me foncent dessus avant de bifurquer vers le bas. Ils nous taquinent. Parfois nous encerclent. Un dauphin s’approche de moi. Je vois comme un tatouage en forme de rond sur son dos. Il semble être là pour moi.

Un jour, nous suivons pendant deux heures un petit groupe de 12 dauphins. Un autre jour, ils sont 150. Et chaque jour, un dauphin avec un rond tatoué vient me rendre visite.

Mardi, je rentre dans l’eau avec une idée en tête : « prendre ma place ». Un dauphin solitaire s’approche de moi. « hum… c’est pas terrible ça ». Et puis, sans que je m’en aperçoive, le pod nous a rejoint et je nage côte à côte avec toute la meute. Je sens mon cœur se gonfler de joie. Encore un coup de palme. Et hop, il y a des dauphins partout autour de moi. Il y en a des dizaines. Je ne vois plus aucun de mes complices humains. Juste des dauphins. Devant, derrière, à droite, à gauche. Ils m’encerclent et me font comme une haie d’honneur. On nage pendant ce qui me semble être une éternité. Je me régale. On est ensemble. Je fais partie. C’est totalement divin. Ais-je rêvé ? C’était quoi ma question encore 😉 ?

Parmi les choses délicieuses de ce voyage, il y a cette cloche qui sonne pour nous prévenir que le buffet nous attend. Je rêve de ramener cette cloche de Marie Poppins à la maison !

Les courageux – dont je ne fais pas partie vu mes longues conversations nocturnes avec Pat – se retrouvent sur le pont à 6h du mat pour une séance de Pilates avec Sabina. D’autres préfèrent se réveiller en plongeant dans le bleu de l’eau salée du lagon.

La baie est quasi déserte, c’est la fin de la saison. Nous avons les dauphins juste pour nous. Et ils nous ont juste pour eux.

Sur ce bateau, il y a un autre cadeau de taille ! Catherine a embarqué sa fille Maora. Une petite princesse à l’énergie pétillante et aux yeux rieurs. Elle prend sa place avec grâce et innocence et propose de nous faire danser. On finit par tous s’y mettre, équipage compris. Mais d’où viennent ces enfants sages et joyeux ? En tout cas, je ne me sens pas tellement inquiète pour l’avenir de notre planète. Je me dis qu’elle sera en de bonnes mains.

A bord, il y a également la sagesse de Rika & Mauritz. Mauritz a accepté de suivre Rika sur un bateau pour fêter leurs 35 ( ?) ans de mariage… lui qui n’aime pas l’eau ! Et c’est une chance pour nous car il n’est jamais à court d’histoires. Il rigole en pensant que s’il raconte nos aventures à ses congénères, ceux-ci se contenteraient de lui demander si le buffet était bon !

Un soir, Danielle me demande de l’aider à animer un breathing circle (cercle de respiration) – une technique de respiration qui amène chacun à aller visiter ses ombres et rencontrer l’énergie bloquée en état modifié de conscience. Tout ça sur le pont supérieur du bateau, juste en dessous d’une myriade d’étoiles qui scintille d’argent dans un ciel bleu marine, pendant que la musique répète « Love is… ».

Mais nous n’avons pas fait que fumer de l’air pour dissoudre nos peurs. Nous avons aussi eu la chance d’être guidés dans une vivencia par Petra, danser sur le pont, s’enivrer de la magie de la nuit, sentir le divin qui coule en nous, la musique comme une caresse dans nos oreilles et finir en tas vertical pour un magistral câlin collectif.

J’en ai profité pour tester mon atelier d’initiation à l’ayurvéda, car le bateau, c’était aussi l’occasion de digérer quelque-chose. Et puis j’ai mis un peu de pression sur le groupe « ah non, pour toi, pas de tomates… » mais je me suis empressée de me resservir de dessert pour détendre l’atmosphère. Et tant mieux, car c’était l’anniversaire de Christine et ç’aurait été dommage qu’elle hésite à déguster son immense glace en savourant tous ces souvenirs d’immensité dans sa tête, dont quelques petits poissons multicolores qui y batifolent encore. Muriel a appris l’égyptien. Enfin je crois. Nathalie nous a enseigné l’art de lâcher prise en regardant couler la vie malgré les vagues. Anne et Serge nous ont servi de l’amour sous forme de chanson. Sylvain a approfondi sa réflexion déjà abyssale sur le sens du monde. Sophie nous a fait voyager au son de sa voix pour une méditation profonde. Anne nous a enrobé de sa douceur et de sa bienveillance tandis que Pat nous faisait rire avec ses histoires loufoques ou danser au son de son i-pod. Noëlle était là aussi. Quelques jours en avance.

Allez-y un jour. Nager avec les dauphins. Ils vous attendent. Et si ce n’est pas pour tout de suite, voici ce qu’ils m’ont dit :

Explore tes profondeurs. Mais n’oublie pas de remonter à la surface.

Nage paisiblement. Mais fais des cabrioles de temps en temps.

Joue, vis, avance. Prends de la distance.

Cherche l’harmonie, la fluidité.

Profite de ta famille, de tes enfants, des tiens, de ton clan.

Fais l’amour souvent. Eloigne-toi de temps en temps.

Fais-toi attendre. Et puis donne-toi généreusement. Sois présente. Sois vivante.

Et reviens nous voir… pour un nouveau jeu de miroir.


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Ingrid Beauve

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