• Ingrid- une femme livre

Mission ultra secrète (chuuut) - partie 1

Updated: Mar 29, 2019

- Allo.

- Allo, je vous appelle de l’Ambassade d’xxx à Bruxelles. L’ambassadrice veut vous parler.

Le transfert de l’appel dure de longues secondes. Je suis là. Pendue à un fil sans fil. J’hésite entre la stupeur et la surprise.

- Bonjour, c’est l’ambassadrice. Nous aimerions vous rencontrer. Nous avons une mission à vous proposer. Quand pouvez-vous venir à l’ambassade ?

Je bredouille. Que dire ? J’écoute à l’intérieur. Mes anges. Mon guide. Celui qui a l’habitude de chuchoter dans ces cas-là. Cette petite certitude parfois bien présente avant même qu’aucun processus de réflexion ne se soit enclenché. Mais personne ne parle. La voix se tait.

Et je reste là, bouche bée… à réviser mentalement ma géopolitique. Je passe en revue ce que je sais de ce pays. Des faits divers pas très réjouissants. Des images sur le web. La mer aussi. Quelques quidams rencontrés lors de mes voyages sac-au-dos en Amérique Latine, au siècle passé. Leurs airs durs, déterminés, un peu arrogants. D’autres visages me viennent. Mes amis d'aujourd'hui. Des gens dont j’aime la vibration et la compagnie. Mais est-ce bien le moment de faire ce bilan ?

- Est-ce que jeudi à 10h vous conviendrait madame Beauve ?

- Oui. Bien-sûr.

- Ne prenez pas de sac pour rentrer dans l’ambassade.

- Oui. D’accord.

Fin de la conversation. Suite de l’introspection. Comment ont-ils eu mes coordonnées ? Quel type de mission veulent-ils me proposer ? Les questions se bousculent dans ma tête. Je m’imagine investie d’une mission secrète, prise au piège dans un engrenage dont je ne peux déjà plus m’échapper. Je me sens tout à coup surveillée. Des caméras m’espionnent depuis des semaines, voire des mois. Et ils attendent le moment opportun pour me confier mon rôle. Ils cherchent un pion. Quelqu’un pour actionner le bouton. La réalité me saute aux yeux. Nous ne sommes que des marionnettes qui s’animent dans un théâtre et on me propose de passer de l’autre côté. D’aider à manipuler les ficelles. Je pense à ma famille. Pourquoi moi ? Que me veut-on ?

D’un autre côté, parler avec une ambassadrice en personne, ce n’est pas tous les jours. Je me sens flattée. On veut me confier une mission. Ils m’ont élue. Choisie. J’aime bien être choisie. Et la vie continue, monotone et tranquille.

Les jours passent. J’interroge mes proches qui s’interrogent aussi. Personne n’a de près ou de loin de lien avec ce pays. Nous sommes tous des observateurs distants du conflit du moyen orient. Point. Nous connaissons tous l’histoire. Elle coule dans nos veines. Tout comme ce sang de résistant mélangé à du sang de fermier. Ces histoires de guerre chuchotées et répétées en boucle par mes aïeux, mes jeunes mains dans leurs grosses paluches marquées de veines et usées par le temps. Je balaie toutes ces idées et je repends le cours du mes jours.

Jeudi. 9h55. Toujours un peu en retard. Comme s’il fallait vivre en permanence sur le fil. Sur la brèche. J’emprunte la rue Montjoie. Je cherche le numéro. Quelle idée ridicule. Chercher le numéro de l’ambassade ! La rue est complétement saturée de béton, barricades, barrières et chars d’assaut. Inutile de chercher le parking de l’ambassade. Je vais abandonner ma voiture un peu plus loin, à moitié légal. Tant pis.

Je rejoins le point chaud de la rue. Je me faufile entre les plots de béton, dans la rue barricadée. Un militaire en kaki pointe sa mitraillette pour m’indiquer la porte d’entrée. Je plante devant une porte en métal blindé. Dans une poche mon GSM, dans l’autre, ma carte d’identité. Je sonne. On ne vient pas m’ouvrir. J’attends. Une caméra pointée sur mon visage. Une autre porte blindée distante de 5 mètres sur le même trottoir s’ouvre. Un garde apparaît et me rejoint devant ma porte, toujours fermée.

- Qui vous invite à l’ambassade ? Quel est le motif de votre venue ?

Je réponds fièrement que l’Ambassadrice en personne veut me voir.

- Où est votre voiture ? Qu’y a-t-il dedans ? quelle marque ? couleur ? numéro de plaque ?

Ma voiture. Aie. Garée n’importe où. Pleine de brol. Ses questions m’impressionnent tellement que je ne suis même plus certaine de sa couleur… Grise ? bleue ? Est-ce une Scénic ? ou une Espace ? Je bredouille « une grande »… Ouch ? de quoi est-ce que je me sens coupable ? d’oser entrer dans cette forteresse sans nécessairement me sentir la meilleure candidate ? peut-être… mais maintenant que je suis là, je ne peux pas reculer…

- Carte d’identité, GSM, veste… vous devez tout me laisser.

En échange, je reçois un collier avec un numéro. Celui du casier où va m’attendre mon identité et mon lien avec le monde extérieur.

Il me fait passer un portique, peut-être deux. Scanne tout. Et je peux enfin passer de l’autre côté du miroir. La porte s’ouvre sur un beau vestibule en marbre couleur miel. Des gens s’agitent. Traversent. Un puit de lumière déverse de la clarté sur cette place centrale et animée.

- On va venir vous chercher.

Je me sens toute bizarre. Même pas un bic ni un carnet auquel s’accrocher. Pas de sac à serrer contre soi. Pas de smartphone pour se donner un air occupé. Non, juste moi, toute seule. Dans ce microcosme. Derrière ces couches de portes.

Oups ? inquiétude. Comment convient-il d’appeler une ambassadrice ? son excellence ? madame l’ambassadrice ? je n’ai jamais été très intéressée par les formalités. Je trouve qu’elles gâchent la relation. Alors je ferais comme d’habitude. Je serais moi. Et juste moi. Pleine de respect pour les personnes que je croise. Même si j’ai plein de doutes en ce qui concerne la politique menée par mes hôtes. Mais qu’est-ce que j’en sais au juste…

- Madame Beauve ? veuillez me suivre…

Elle se présente et m’invite dans l’ascenseur vitré. On se rapproche de la source de lumière. Deux étages plus haut. Un couloir perché en mezzanine. Du verre. De l’art. Elle m’invite à patienter dans le bureau des secrétaires. Je cherche quelque chose à dire. Si ça tombe, nous serons bientôt tous complices des mêmes opérations. Je demande un bic. Du papier. On se lie. Mais pas vraiment. Les gens s’interpellent dans une langue que je ne connais pas du tout. Et je me demande comment je pourrais éventuellement mener une mission sans connaître la langue de mes complices. Quelques photos de la mer toute bleue sur les calendriers accrochés au mur. Si ça tombe, on me proposera un séjour d’immersion pour me familiariser avec l’endroit. S’il y a bien une chose pour laquelle je ne dis jamais non, c’est pour les mers bleues.

- Entrez Madame Beauve.

C’est la voix de l’ambassadrice.

Je dis simplement bonjour.

Elle a mon CV devant elle. Me parle de mes expériences. Mon parcours intéressant. Et mentionne à demi-mots la fameuse mission.

- Etes-vous intéressée ?

Que dire ? La vérité c’est que je ne sais pas si je suis intéressée car je ne sais pas au juste pourquoi je suis là. Mais je ne suis pas venue jusque-là pour faire demi-tour. Je n’ai pas enfilé le meilleur de moi-même, passé toutes ces portes, pour ne pas progresser au moins un peu. Ce serait idiot de renoncer à la première étape.

Nous discutons. La mission se dévoile à peine. Par chance, elle ne me demande ni si je connais leur pays, ni si j’ai un avis sur leur politique. Rien.

A l’issue de notre discussion, elle semble emballée, positive. Et elle me conduit chez ma future nouvelle collègue qui va mieux m’expliquer.

Ma perplexité augmente. Je n’ai toujours pas compris grand-chose à la fameuse mission.

J’atterris dans le bureau de la collègue. Elle enfile son air jovial mais je décèle une exigence déterminée, voir inflexible.

Donc, me dit-elle, nous avons besoin de quelqu’un comme vous pour déjouer les pièges tendus par les ennemis sur le sol Belge. Elle tourne l’écran de son PC vers moi et ouvre un dossier de photos. Je vois de la haine. Des panneaux, des slogans… comme cette pancarte « produits assassins, n’achetez pas ces avocats»… ou encore, cet écrivain encerclé d’activistes à la foire du livre.

Elle continue son explication : « nous avons différentes techniques pour stopper ces fauteurs de troubles… mais cela demande du tact… »

Madame Beauve, ne vous inquiétez pas, vous serez toujours sous protection. Physiquement, vous ne risquez rien. Moralement… il faudra s’accrocher !

Le temps de valider votre candidature… ah, oui, il y a un processus. On va passer votre vie au peigne fin. Étudier chaque détail. Voir avec qui vous avez des liens. Cela peut prendre un mois ou deux.

Et là, je souris intérieurement. Je me dis qu’ils n’ont pas choisi la cible la plus simple… et qu’étudier ma vie et tous ses méandres farfelus leur prendra plus qu’un mois…

Et elle conclut… donc voilà. Autre bonne nouvelle pour vous, vous commencerez juste avant nos congés. Bref, vous commencerez par des congés.

Elle n’est pas belle la vie ?

Sur ce, elle claque des doigts et me remets dans les mains de mon accompagnatrice. Qui me redescend vers la sortie et m’abandonne dans le couloir de marbre couleur miel.

S’extirper de l’ambassade est légèrement plus simple que d’y entrer. Je me sens bizarrement très seule. Retrouver mon casier. Récupérer mes affaires. Décider quelle porte pousser, quel couloir emprunter… pour finalement, retrouver la rue. L’air. La lumière en vrai. Ma voiture. Une Renault espace grise. Mes esprits. Ma malice. Oh que non, je n’irais pas boycotter les boycotteurs. Tant pis pour la mer bleue.

FIN (du premier épisode) 😊

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