• Ingrid- une femme livre

Naissance d’une complotiste

Updated: Aug 17

C'était le jour 31 du confinement, le 12 avril à 18h12 exactement, son monde a basculé. Comme si une force invisible l’avait giflée. Son corps entier s’est mis à trembler. Et depuis, dès qu’elle voit une info, qu’elle lit un article, qu’elle entend une communication officielle, les secousses reprennent et l’info disparait dans une sorte de brouillard épais, pour laisser naître sous son regard ahuri un autre message. Comme si ses yeux déchiffraient un code rouge entre les lignes bleues. Comme si elle avait toujours vu un lapin. Et voilà qu’il s’agissait d’un canard. Elle avait beau pencher la tête, cligner des yeux, plisser les paupières… le lapin avait disparu, emmenant avec lui et sa douce histoire d’un chaos innocent et d’un pangolin un peu trop appétissant.

Pourtant, cela faisait des années qu’elle écoutait en souriant les versions abracadabrantes des allumés qui juraient dur comme fer que la terre entière était manipulée par une clique d’affreux milliardaires sectaires. Mais s’il y a bien une chose pour laquelle elle avait de la patience, c’était la race humaine. Ils n’étaient certes pas parfaits, mais elle était convaincue qu’une beauté infinie sommeillait en chacun d’entre eux. Du haut de sa candeur, elle avait toujours préféré croire en l’innocence et la maladresse politique plutôt que d’imaginer qu’un club de milliardaires pourrait avoir des plans sombres pour les masses humaines dont elle faisait partie.

Mais revenons-en au confinement. Elle l’avait accueilli plutôt positivement. S’était imposée une routine quotidiennement. Séance de yoga et de méditation dès que le soleil pointait ses rayons. Orgie de légumes frais bio. Et un verre de vin nature comme thérapie le week-end. Elle avait inventé son premier levain. Et tous les matins, les habitants de la maison étaient tirés de leur lit par une bonne odeur de pain. Elle avait respecté les règles à la lettre. Le monde extérieur s’était progressivement effacé. Les amis, les activités… tout s’était réduit à un écran de quelques centimètres carrés seulement. Son homme s’était mis à fendre du bois, ses enfants étaient redevenus à demi-sauvages, l’autre moitié étant intoxiquée aux écrans. Et elle clôturait chaque journée de télé travail par une sortie en vélo, découvrant les jolis chemins de son patelin.

Jusque-là, elle avait zigzagué sur la toile, en essayant d’éviter toutes les vidéos délirantes, pleine d’affabulations, postées, envoyées par des gens plein d’imagination.

Jusqu’à ce fameux clic du 12 avril 2020… sur le site du projet ID2020. Elle avait commencé à lire… « une identité digitale… qui manquerait à 1,1 milliards d’humains… un projet de Microsoft en collaboration avec GAVI, qui fait la promotion des vaccins… et la fondation Rockefeller… » - et c’est là que les tremblements avaient commencé. Incontrôlables. Qu’est-ce qu’un vaccin et une identité digitale pouvaient bien avoir en commun ? sa curiosité l’avait amenée sur le site de la fondation Rockefeller… et son corps s’était mis à trembler encore plus fort… « l’ambition de collecter les données individuelles de toute la population –et plus sur base d’échantillons- dans un big data instantané pour pouvoir prendre des décisions en temps réel… problème d’éthique, certes, disait l’article, mais pas insurmontable… ». Gloups. Son corps tremblait toujours. Et comme un enchainement de dominos, une information en amenait une autre. Comme si un fil rouge reliait les évènements, les personnes, les éléments. Avec pour apothéose, Bill et les gouvernements qui promettaient que plus rien de serait comme avant sans un magnifique vaccin. Les médias qui bombardaient les gens avec des titres effrayants. Elle avait continué ses recherches sur le site de l’OMS, son financement… ses déclarations à sens unique… indiscutables, sinon censurées comme « fake news ». Et c’est là qu’elle avait compris qu’elle venait de basculer dans une autre réalité. Comme si elle avait vécu dans un monde fabriqué depuis des années. Un narratif cousu de fil blanc. Des comportements induits. Des perceptions limitées. Une matrice. Un code appris et qui existait seulement parce qu’il avait été appris et répété à l’infini. Transmis et injecté dans nos têtes, dans nos structures, dans nos livres d’histoires, dans nos films, dans nos chansons. Un code basé sur un mensonge. Sur la division. Sur la manipulation.

Elle-même avait répété à ses étudiants d’économie le paradigme de base qu’est la loi de l’offre et de la demande : « Nous vivons dans un monde où les besoins sont illimités face à des ressources limitées ». Autrement dit, bienvenue dans le monde de la rareté. Il va falloir courir, il va falloir se battre et il va falloir gagner car il n’y en aura pas pour tout le monde. En repensant à cela, elle regardait les oiseaux dans son jardin en se demandant si eux aussi, ils pensaient que la forêt n’avait pas assez de branches, la terre pas assez de vers et que le ciel n’était pas assez vaste pour tous les contenir !

Et puis elle s’était carrément affolée ! Avons-nous vraiment des besoins illimités ? dans combien de têtes avait-elle pu inculquer cela ? Elle aurait voulu retrouver chaque étudiant et s’excuser personnellement. Elle leur aurait dit : « excuse-moi, je me suis trompée ! La nature est généreuse et abondante. Et c’est ça notre vrai nature ! Et non… nos besoins ne sont pas illimités ! Quelle idée ! source de toutes ces calamités ! J’ai omis de vous parler de votre besoin essentiel : la verticalité. Cette connexion au grand tout, peu importe son nom. Quant à l’économie, c’est l’échange, la créativité, le service, prendre soin de l’autre. C’est ce genre d’économie qui nous rend heureux et qui comble nos besoins. Qui donne du sens à l’horizontalité dans laquelle nous sommes incarnés. Nous avons besoins les uns des autres. Nous sommes tous essentiels, différents, complémentaires. Nous pouvons coexister. C’est là notre vraie richesse !

Alors non, ce virus ne lui faisait pas peur. Par contre, il allait falloir aller chercher la force à l’intérieur pour faire face à toutes ces secousses, qui ne faisaient que s’amplifier au fur et à mesure que le puzzle s’assemblait. Accepter aussi qu’elle avait basculé. Que tellement de gens voyaient un lapin pressé alors qu’elle se sentait poursuivie par un canard déchainé. Mais bizarrement, elle savait déjà que le combat à mener se trouvait à l’intérieur. Seul endroit où il était possible de se défaire de cette fausse réalité. Comprendre notre nature infinie. Et sur un ton plus léger, elle se disait aussi que ce confinement serait beaucoup moins barbant avec un bon roman dont elle ferait office de figurant. Car même si elle ignorait encore qui sortirait vainqueur de ce combat, ce qu’elle savait déjà, c’est que son épée serait faite de lumière et de foi, avec le cœur comme bouclier, prêt à rayonner. Et elle avait le pressentiment qu’ils seraient des milliers de guerriers et de guerrières prêts à faire jaillir une nouvelle lumière.


11 views

Recent Posts

See All

Soyons fous. Allons à la piscine!

Soyons fous. Ce soir, c’est piscine! Elle manigance sa petite surprise dans sa tête et se réjouit de voir frétiller les enfants à l’annonce du programme. Piscine ET pizza. Bam. Elle va leur balancer ç

Ingrid Beauve

DOJOSE

Rue de Hal 81

1421 Bois-Seigneur-Isaac

Belgique

Tel: +32 (0)476/39.14.27

What'sapp

Skype: ingrid.beauve

info@page22.be

© 2023 by Page 22.

Proudly created with Wix.com

  • White Twitter Icon
  • White Facebook Icon
  • White Pinterest Icon
  • White Instagram Icon
Contactez-moi pour mettre vos rêves en lumière!