• Ingrid- une femme livre

Plenty - Ambassade d'Israël (suite!)

17 Octobre 2017. Je conduis ma voiture, perdue dans mes pensées. Pourquoi est-ce que je m’impose toujours de faire des choses tellement difficiles ? Ecrire des trucs super intelligents en anglais, sortir de ma zone de confort... Je me sens vidée par ma mission actuelle. Je dois puiser dans mes ressources pour essayer d’accoucher d’un truc génialement complexe, subtilement sophistiqué et totalement envoutant. « Oh… comme je rêve d’un boulot simple. Un truc manuel. Créatif. Où je ne devrais pas trop réfléchir ». Me dis-je à moi-même tout en cherchant une place de parking.

Cette envie de prendre un chemin parallèle n’est pas neuve. Je me revois dans mon premier job au Luxembourg, serrée dans un tailleur sombre, perchée sur des talons, en train de traverser les jardins d’une banque, mon ordinateur portable en bandoulière, et avoir cette incommensurable envie de tout larguer pour m’agenouiller à côté des jardiniers et me mettre moi aussi à planter des azalées et à ratisser des allées.

J’arrive à 15h pile. Une autre dame se dirige vers la porte au même moment que moi. Mon RDV sort et me regarde interloquée. « Ingrid, on a rdv à 16h, il faut revenir dans une heure ». La dame rentre, victorieuse. Je reste devant la porte qui se referme. Et je comprends que j’ai noté ce RDV quand j’étais à Chypre, et que du coup, le décalage horaire a décalé l’horaire.

Me voici en suspens à Bruxelles pendant une heure. Ce qui est assez ironique étant donné le rythme effréné de mes journées pour boucler ce gros projet.

Mon téléphone vibre. Un numéro inconnu. Ben voilà qui tombe bien… je suis justement libre et ouverte pour une papote alors qu’en temps normal, je n’aurais pas eu le temps de prendre un appel masqué.

« Bonjour, c’est l’ambassadrice d’Israël au téléphone ».

Ah ben décidemment, on devient copines. Cette fois-ci, elle m’appelle directement, sans passer par une secrétaire.

« Lors de votre visite à l’ambassade, vous m’aviez parlé de votre passion pour la cuisine. Je ne me suis pas trompée ? »

Bon, j’ai un million de passions, mais en effet, la cuisine semble être une constante.

« Est-ce que vous pourriez venir discuter avec moi et voir si un travail dans ma cuisine pourrait vous convenir ? »

Ben moi qui voulais un métier facile et manuel, créatif et méditatif… Le voilà sur un plateau d’argent. Je souris intérieurement. Qu’est-ce que l’univers peut être farceur parfois ! J’imagine la plus magnifique des cuisines. En marbre. Avec de grands éviers. Une douchette au robinet. Des fours professionnels. Un ilot central autour duquel tourne mon armada d’assistants, en train de faire voler des assiettes fumantes et parfumées à destination d’une brochette d’ambassadeurs. J’imagine le gratin du gratin en train de déguster mes préparations colorées et je me vois déjà abreuver les puissants de mes potions magiques ultravitaminées pour leur donner des idées positives.

Je demande quand même autour de moi à quoi ressemble la cuisine Israélienne, et je découvre les livres et le talent de Ottolenghi, un cuisinier israélien et gay marié et père de deux enfants, et qui a fondé avec un ami et co-cuisinier Palestinien le « Delicatessen Ottolenghi » dans le quartier de Notting Hill à Londres. Tolérance, paix, diversité, saveur et volupté. Est-ce qu’on peut amener la paix dans le monde en cuisinant ? Et s’il suffisait de quelques épices pour tout changer ? Et si tout venait du ventre ?

On prend rendez-vous. Me revoici en route pour l’ambassade d’Israël. Cette fois, je connais la chanson. Rien dans les mains, rien dans les poches. Une belle Renault Espace grise garée légalement au début de la rue Montjoie – je l’ai rangée et fait laver entre temps.

Pas de bic, pas de sac. Je passe les portes. Je patiente dans le grand hall. Mon accompagnatrice arrive. On semble de vieilles connaissances maintenant. L’ascenseur vitré m’amène au deuxième étage et je déboule dans le bureau de l’ambassadrice. La chance quand on est ambassadrice, c’est qu’on peut s’habiller de manière élégante et sophistiquée. On n’est pas obligée de se coincer dans un tailleur noir, ni sur des escarpins à talons. On peut opter pour la soie, les couleurs chatoyantes, à condition d’assortir l’écharpe en cachemire qui tombe de manière calculée sur l’épaule, juste au-dessus des jolis nœuds dans les rubans orange d’une robe à fleur.

Elle m’accueille sans chichis. La porte est ouverte. Je rentre. Je reprends ma place sur le fauteuil.

Mon CV ne lui serait d’aucune utilité étant donné que je ne mets pas tous mes œufs dans le même panier. Elle me laisse expliquer.

Je m’exécute avec circonvolution et me lance dans une grande tartine sur l’ayurvéda, les concepts de la cuisine vivante, ce qui m’a amené là, comment la rencontre avec la cuisine vivante a changé ma vie, ou plutôt ma digestion, mon excursion en Californie chez Deepak Chopra… et à quel point la forme revient quand on mange bien etc, etc, etc. J’ai beau vouloir un métier simple, je reste une personne complexe. J’allais me perdre dans de nouveaux méandres quand elle m’interrompt avec une question :

« En fait, vous faites de la cuisine saine ? »

« Euh, oui… »

« Ah, désolée, ça n’ira pas ».

Moment de solitude. Je pourrais être désemparée et en même temps, la situation est tellement cocasse que je dois retenir un éclat de rire.

Elle vide son sac à son tour. Elle aimerait manger différemment… mais soyons francs, me dit-elle, elle a un garçon presque adolescent et un garçon, à cet âge-là, ça mange des hamburgers.

Elle réfléchit. M’explique un tas de détails sur la routine de sa cuisine. Je demande à tout hasard si elle a un four vapeur. Car malgré le constat d’incompatibilité dressé précédemment, elle semble hésiter. Elle me répond que non. Que sa cuisine est plutôt vieillotte. Il faudrait que je vienne la voir. Pour voir si cela me conviendrait quand même. Les heures ne sont pas nécessairement conventionnelles. Est-ce ok pour moi ? à ce stade-ci, je réponds que oui…

On se quitte avec un sentiment tiède. Ni chaud ni froid. Mitigé. Je ne sais pas bien quoi en penser. Sauf peut-être qu’il n’y a que moi pour me faire embarquer dans des histoires aussi farfelues.

« Je vous recontacterai m’a-t-elle dit ».

A peine ais-je repassé l’enfilade de portes, que je reçois un email de sa part disant : « j’ai oublié de vous mentionner les conditions salariales, c’est payé 10 euros de l’heure. »

Et là, mon sourire revient, au moins, j’ai une nouvelle histoire à raconter. Même si c’est une histoire où l’on reste un peu sur sa faim. Et puis j’aurais quand même découvert le talentueux Ottolengui…


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